Sols

“Nous plaçons désormais la protection des sols au même plan que l’épuration de l’air et de nos ressources en eau.” Margot Wallström, commissaire européen chargé de l’environnement, avril 2002

Les sols abritent plus de 25 % des espèces animales et végétales actuellement décrites. L’activité de ces organismes assure leur fertilité mais aussi la pureté de l’air et la qualité de l’eau. Ces services écologiques que l’homme tire gratuitement sont aujourd’hui directement menacés par l’artificialisation des terres, les modes intensifs de gestion agricole et forestière et les changements globaux. Réduire la pression exercée par les activités humaines devient indispensable pour préserver notre capital commun de vie à la base de l’alimentation.

Le sol est un milieu vivant source de notre alimentation et de services écologiques

Le sol est un élément essentiel de notre environnement, c’est un milieu plein de vie. Une cuillère à café de sol de jardin peut contenir plus d’un million d’organismes répartis en plusieurs milliers d’espèces différentes.

Cette ressource vivante assure de nombreux services indispensables au fonctionnement des écosystèmes terrestres et au développement des sociétés humaines, l’un des principaux est d’être le support de toute la biomasse qui constitue notre alimentation.

Les sols fournissent les éléments nutritifs dont les plantes ont besoin pour pousser et nourrir les animaux et les hommes. Pour rester fertiles, les sols dépendent de la présence d’une vaste communauté d’organismes. Ceux-ci décomposent la matière organique morte pour produire de l’humus doté des éléments nutritifs nécessaires à la vie des plantes. L’humus ne peut pas être fabriqué par l’homme. Il provient exclusivement de la biodiversité des sols.

Les sols assurent également de nombreux services écologiques ou écosystémiques comme contribuer à la régulation du climat en stockant et libérant du carbone, stocker et purifier l’eau, filtrer la pollution,  contrôler les populations d’espèces nuisibles ou fournir des médicaments. Ils assurent des fonctions irremplaçables.

Le saviez-vous ?

checkUne étude américaine datant de 1997 a calculé que la valeur économique mondiale de la biodiversité des sols s’élevait à environ 1 500 milliards de dollars par an. (Pimentel et al. 1997. Economic and Environmental Benefits of Biodiversity. BioScience, 47(11): 747-757)

Une diversité incroyable d’acteurs de terrain

L’usine de la vie est une ruche d’activités souterraines qui abrite un nombre et une diversité incroyable s d’organismes travaillant 24h/24 et dont les capacités à croître et à se reproduire varient en fonction de la saison et des ressources à leur disposition. Outre la microflore (bactéries, champignons, micro-algues…), nombreuse et mal connue, les habitants du sol peuvent être classés en plusieurs groupes en fonction de leur taille.

On distingue alors :

- la mégafaune comme les taupes, les crapauds et les serpents,

- la macrofaune (4 à 80 mm) visible à l’œil nu (vers de terre, termites, fourmis, larves d’insectes),

- la mésofaune (0,2 à 4 mm) visible à la loupe (acariens, collemboles)

- et, visibles seulement au microscope, la microfaune (moins de 0,02 mm) et les microorganismes (protozoaires, nématodes, bactéries, champignons, algues).

Selon la fonction principale qu’ils occupent, les organismes du sol peuvent aussi être classés en trois grands groupes : les ingénieurs chimistes ou ouvriers (bactéries, champignons, algues, virus…), les régulateurs biologiques,et les ingénieurs de l’écosystème.

Bien que largement méconnue au même titre que celle des grands fonds océaniques ou celle de la canopée des forêts équatoriales, la biodiversité est plus grande dans les sols qu’au-dessus. Ainsi, à chaque pas que nous faisons en forêt, on estime à plus de 7 000 le nombre de vertébrés présents sous notre chaussure.

 Un écosystème fragilisé

 On dénombre 5 phénomènes principaux fragilisant la bonne santé des sols :

  • L’érosion : on estime qu’en 2 000 ans, 24 milliards de tonnes de sols fertiles ont été dissipées par le vent et emportées par les pluies. Cette érosion des sols coûte chaque année 420 milliards d’euros à l’échelle mondiale ! (source : Institute for Advanced Sustainability Studies, Potsdam, Germany, for Global Soil Week). L’érosion se produit lorsque la surface des sols est éliminée par le vent et l’eau et concerne de nombreux sols en raison de certaines pratiques agricoles, de la déforestation, de l’exploitation abusive des pâturages, des incendies de forêt et des travaux de construction. On s’attend à ce que le changement climatique global aggrave la situation.

     

  • L’appauvrissement du niveau de matière organique : dans près de 50 % des sols en Europe, la matière organique représente moins de 2 %, un chiffre que certains considèrent comme un seuil dangereusement bas. (Source : L’usine de la vie. Pourquoi la biodiversité des sols est-elle si importante ?, Commission européenne, Direction générale de l’environnement, 2010).

     

  • La salinisation, ou accumulation dans les sols de sels solubles dans l’eau, est une forme de pollution. Il en résulte une diminution de la croissance des plantes et de la productivité des cultures, ainsi qu’un risque accru de désertification.

     

  • Le tassement du sol : il est dû aux activités naturelles et humaines, en particulier à l’utilisation d’engins agricoles lourds sur des sols humides. Le tassement contribue à rendre les sols trop compacts (peu d’échanges d’air par exemple) pour permettre le bon développement de la vie des sols.

     

  • L’artificialisation par imperméabilisation, terme qui fait référence à la présence d’une couche imperméable entre le milieu aérien et le sous- sol, provoque l’étouffement des sols. L’urbanisation et le recours généralisé à l’asphalte et au béton provoquent la mort de la plupart des organismes du sol. On considère aujourd’hui que 9% du territoire français est artificialisé. L’agriculture et les espaces naturels en sont les premières victimes. Il faut savoir que la part des terres arables est limitée sur notre planète. La réduire encore par ce phénomène réduit de fait notre capacité à nous nourrir tous demain.

     

Une conséquence globale : la désertification

 

© M.-D. Huot/FNH

La dégradation des terres, et donc la perte de leur fertilité, est appelée la désertification. A mesure que la couche arable s’érode ou que la fertilité décroît, la possibilité de rétablir le potentiel biologique des sols est compromise. Cette spirale peut entraîner, si ce problème n’est pas pris en main, la stérilité des terres qui ne pourront plus permettre à des végétaux de se développer et donc, a fortiori, de produire notre alimentation.

La désertification est un enjeu écologique mais aussi éminemment économique et social puisque la plupart des populations touchées par ces phénomènes vivent en zones sèches et font parties des habitants les plus pauvres de la planète.

La Convention de lutte contre la désertification constitue la troisième convention internationale sur l’environnement avec celle sur la biodiversité et le climat.

 

 Le saviez-vous ?

check40% de la superficie de la planète sont concernés par la désertification, essentiellement les zones sèches et tous les continents sont touchés. Près d’un quart des terres agricoles ne sont plus en état de produire quelque culture que ce soit. Une évaluation mondiale estime que la dégradation des terres coûte environ 48 milliards d’euros par an. Source : http://www.csf-desertification.org/

Dégradation sols

Les changements climatiques et certaines activités industrielles sont les causes de ces phénomènes. Mais certaines formes d’agriculture sont également directement impliquées :

pratiques intensives en pesticides (mise à mal de la vie des sols qui subit les conséquences de ces traitements),

- pratiques intensives en mécanisation (labour et passages d’engins agricoles trop lourds),

manque de restitution de matière organique au sol (engrais minéraux préférés aux engrais organiques).

Quelques sources:

- Comité Scientifique Français de la désertification

- Rapport sur l’état des sols en France, GISSOL, INRA

- Projet de recherche GESSOL

- Site de Claude et Lydia Bourguignon, le laboratoire Analyses Microbiologiques Sols

- Publication de l’Agence européenne de l’environnement

 

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