Eau

« Jusqu’à ce que la douleur le lui enseigne, l’homme ne sait pas quel trésor est l’eau » Lord Byron

La Terre est à ce jour la seule planète connue où l’eau existe sous forme liquide  : plus de 72 % de sa surface est constituée d’océans, de mers, de lacs et de rivières. C’est d’ailleurs dans le milieu aquatique que se sont développées les premières formes de vie il y a 3,8 milliards d’années. Bien que l’eau douce soit essentielle à la survie des espèces terrestres, parmi lesquelles l’espèce humaine, elle ne représente que 2,8 % de la masse d’eau totale du globe, dont une infime partie (0,02 %) sous forme liquide. Si les chercheurs s’accordent sur le fait que l’eau est une ressource renouvelable, ils sont de plus en plus nombreux à remettre en cause la durabilité de l’eau potable.

La comparaison entre la durée nécessaire à la purification naturelle de l’eau et la vitesse à laquelle nous la consommons, la gaspillons et la dégradons pose en effet question. Il apparaît aujourd’hui primordial de préserver en quantité et en qualité cette ressource inestimable, à la base même de notre existence, de notre santé, de notre agriculture et donc de notre alimentation.

L’eau, ressource vitale à l’origine de la vie

Depuis l’apparition de l’eau sur Terre, sa quantité est restée quasiment inchangée. L’eau est en effet continuellement recyclée entre les océans, l’atmosphère et les continents, passant d’un état physique à un autre (gaz, liquide et solide). Cette circulation, appelée le cycle de l’eau, peut être décomposée en quelques grandes étapes : l’évaporation, les précipitations, le ruissellement, l’infiltration et la percolation.

Cycle de l'eau

L’homme, par ses activités, influence le cycle naturel de l’eau. L’irrigation par exemple, notamment en agriculture, va augmenter localement le phénomène d’évaporation induisant ainsi plus de précipitations. A contrario, la déforestation entraîne une aridification du fait de la diminution de l’évapotranspiration de l’écosystème forestier.

La purification naturelle de l’eau douce se fait en grande partie lors du cheminement souterrain de l’eau entre les roches. La vitesse de circulation de l’eau est très variable en fonction des caractéristiques géologiques des roches, et il faut parfois des dizaines de milliers d’années d’écoulement, de percolation, d’infiltration et de stockage à l’eau pour qu’elle devienne potable ! L’eau potable au robinet telle que nous la connaissons en France est une invention récente dont une grande partie de l’humanité est encore aujourd’hui privée.

Le saviez-vous ?

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Le cycle de l’eau consomme plus d’énergie par jour que l’humanité tout entière.

 

 

checkLe corps humain est composé à 60 % d’eau. L’eau est vitale pour tout ce qui vit sur Terre. Le melon et la salade verte contiennent 95 % d’eau tout comme la méduse, la carotte 85 % et les céréales 13 %.

Tous les hommes ne sont pas égaux devant l’accès à l’eau potable.

Aujourd’hui, plus d’un milliard d’habitants n’ont pas accès à l’eau en quantité suffisante (source : ONU). Ce sont en grande partie les mêmes individus qui souffrent de la faim dans le monde. L’accès à l’eau, la sous-alimentation et la pauvreté sont étroitement liés, le manque d’eau et sa mauvaise gestion dans une région donnée décimant la biodiversité et freinant la production alimentaire. C’est pour cette raison que l’accès à l’eau figure comme un des axes premiers des programmes internationaux de lutte la sécurité alimentaire et la paix dans le monde.

Au vue de l’état alarmant de nos nappes phréatiques et dans un contexte de changement climatique, nos modèles de consommation et de production ne sont pas viables et pourront difficilement répondre aux besoins en eau douce des 9 milliards d’individus estimés en 2050. La préservation de cette ressource s’avère donc être un enjeu primordial pour la sécurité alimentaire et le maintien de la paix dans le monde.

Une ressource pourtant en danger

 

© Photo-libre.fr

Rares sont les activités humaines qui puissent se passer d’eau. C’est particulièrement le cas de l’agriculture qui prélève de l’eau douce dans les cours d’eau, les lacs et les nappes phréatiques, avant de la restituer, bien souvent dégradée, à l’environnement.

Si l’expansion croissante de la population mondiale induit inévitablement une pression sur la ressource, c’est avant tout l’évolution de nos habitudes de consommation et une mauvaise gestion de la ressource qui sont à l’origine de sa surexploitation : surconsommation, intensification agricoles et irrigation, industrialisation à outrance. Les conséquences sur la ressource en eau sont dramatiques :

 

 

- Une surexploitation des stocks d’eau douce 

 

Les êtres humains, par leurs activités, prélèvent trop d’eau douce entraînant une diminution inquiétante des stocks d’eau potable disponibles. La quantité moyenne d’eau douce disponible par habitant et par an ne cesse de diminuer . Aujourd’hui, chacun consomme en moyenne 40 litres d’eau par jour.

 

Eau disponible par habitant et par an

> Quantité moyenne d’eau douce disponible par habitant et par an . Source: Le site junior de l’Agence de l’eau Adour-Garonne

Alors que la consommation quotidienne d’un agriculteur malgache est estimée à 10 litres d’eau, celle d’un Parisien dépasse les 240 litres et celle d’un citadin américain les 600 litres (source : CNRS).

 - Une ressource de plus en plus dégradée

L’état des cours d’eau et des nappes phréatiques se dégrade au fil des contaminations par les polluants issus de l’industrie, de l’agriculture et de nos déchets. En France par exemple, la moitié des mesures en eaux de surface révèle une qualité moyenne à mauvaise, et 61 % des eaux souterraines sont contaminées par des produits phytosanitaires issus de l’agriculture intensive (source : IFEN).

Or cette pollution a un coût. En 2008, il s’est élevé à 1,8 milliard d’euros, soit le montant total des redevances perçues par l’Etat  (via les Agences de l’eau) pour dépolluer et préserver la ressource en eau potable, dont plus de 90% pèse sur les consommateurs via leur facture d’eau (source : Rapport de la Cour des Comptes 2010). La grande majorité des actions entreprises sont d’ordre curatif (traitement de l’eau). La politique française de l’eau a pourtant maintes fois été condamnée par la communauté européenne, cette dernière dénonçant l’état critique de nos stocks et le manque d’efficacité des mesures durables mises en place pour leur préservation. En juin 2007, la France a même été condamnée par la Cour Européenne de Justice à une amende de 28 millions d’euros, somme qui a été en grande partie payée par les contribuables français.

 Répartition du nombre de captages abandonnés par département entre 1998 et 2008 pour cause de pollution

Captages abandonnés

Le problème de l’eau est avant tout un problème agricole

L’agriculture est la première utilisatrice d’eau douce dans le monde. 69% de l’eau prélevée dans les cours d’eau et les nappes phréatiques finissent dans les champs, contre seulement 21% pour l’industrie et 10% pour la consommation domestique. Si on y rajoute la quantité d’eau de pluie participant à la croissance des cultures, l’agriculture représente à elle seule 93% de l’eau consommée sur le globe.

Prélèvements d'eau par secteur et par région

Certaines cultures végétales consomment davantage d’eau que d’autres durant leur croissance. Ainsi, s’il faut environ 5000 litres d’eau pour produire 1 kg de riz inondé et 590 litres pour 1kg de blé, la production d’1kg de salade ne nécessite que 20 litres d’eau (Source : Eau France – le portail de l’eau Français). Pendant des millénaires, les populations avaient donc adapté leur production agricole et leur système alimentaire à la disponibilité en eau et au climat de leur région. Seulement la mondialisation des marchés durant le 20e siècle s’est accompagnée d’une homogénéisation des systèmes alimentaires et agricoles à l’échelle planétaire. Dans beaucoup de pays tropicaux, les champs de blé, de maïs et de riz ont peu à peu remplacé les plans de sorgho et de millet, pourtant plus résistants à la sécheresse. Pour réussir ce défi, les agriculteurs ont intensifié l’irrigation de leurs champs et privilégié des systèmes agricoles productivistes, plus rentables à court terme mais peu économes en eau.

L’élevage est particulièrement gourmand en eau. En effet, outre l’eau consommée directement par l’animal durant sa croissance intervient également la quantité d’eau virtuelle (l’ensemble des consommations d’eau nécessaire à une production ou à un service) nécessaire à son alimentation. Cette dernière correspond à l’eau consommée pour la production des cultures intervenant dans le régime alimentaire de l’animal. Ainsi, la production d’1kg de bœuf nécessite environ 15 000 litres d’eau (soit 25 fois plus que la production d’1 kg de blé). Nos systèmes alimentaires étant de plus en plus riches, nous consommons de plus en plus de viande et donc de plus en plus d’eau.

Mais l’agriculture est également en France la première source de pollution de la ressource en eau. En effet, la majeure partie de l’agriculture française se base sur un modèle agricole productiviste et intensif (cf. vidéos « agricultures »). Certaines pratiques, quand elles sont associées les unes aux autres, s’avèrent particulièrement impactantes sur la qualité de l’eau telles que :

- L’utilisation de produits phytosanitaires et d’engrais de synthèse dont certaines molécules rejoignent les cours d’eau lors des fortes pluies ou s’infiltrent dans les sols jusqu’aux nappes souterraines,

- L’intensification de l’élevage et la mauvaise gestion des déjections animales riches en azote, qui en quantité trop importantes s’écoulent et contaminent les cours d’eau. L’exemple phare est celui du lisier de porc en Bretagne et de sa contamination en nitrates des cours d’eau qui a entraîné la prolifération des algues vertes sur les plages au niveau des estuaires.

- L’accroissement du ruissellement et des phénomènes d’infiltration dans les champs, entraînant ainsi produits phytosanitaires et nitrates vers les cours d’eau en surface et dans les nappes phréatiques en profondeur. Ces phénomènes s’expliquent en partie par :

> l’augmentation de la taille des parcelles agricoles, entraînant la disparition des éléments naturels « barrière » et zone tampon tels que les haies bocagères, les bandes enherbées, les zones humides;

> la monoculture de céréales, responsable d’une augmentation des sols laissés nu en hiver (ruissellement lors de fortes précipitations) et d’une perte de la biodiversité du sol (infiltration);

> le recours accru à l’irrigation, facilitant l’infiltration des produits en profondeur.

Sans eau, l’agriculture ne pourrait pas subsister. Certains chercheurs estiment d’ailleurs que la pénurie d’eau inévitable en 2025 dans certaines régions sensibles du monde pourrait causer la perte annuelle de 350 millions de tonnes de production alimentaire, soit légèrement plus que la production céréalière des Etats-Unis (source : CNRS).

Le message est clair : il faut repenser nos modèles agricoles pour économiser la ressource en eau et préserver sa qualité.

Incroyable mais vrai !

Transporté dans l’eau, on a retrouvé du DDT, insecticide interdit en 1972 en France, dans les tissus de la plupart des organismes examinés y compris le lait maternel.

Origine des pollutions des océans du globe

 

 

Source : Livret Découverte “Objectif Mer Vivante !”, Fondation Nicolas Hulot

Quand l’agriculture se met au service de la préservation de la qualité de l’eau…

Toutes les formes d’agricultures n’ont pas le même impact sur la ressource en eau. Les modèles agricoles plus économes et moins polluants mettent en place ces pratiques :

> La diminution voire l’absence de pesticides et d’engrais de synthèse.

> L’amélioration de la capacité de rétention en eau des sols et des parcelles, via la couverture végétale des sols durant les périodes de fortes précipitations (hiver), la rotation des cultures ou encore l’apport raisonné de matière organique naturelle, l’augmentation de la part des éléments naturels (haies, arbres, bocages) et des zones « tampon » (les bandes enherbées à proximité des cours d’eau, zones humides)…;

> L’extensification de l’élevage, soit une diminution du nombre d’animaux sur une surface donnée,

> L’amélioration de la gestion des déjections animales, en privilégiant par exemple les élevages sur paille, à l’origine du fumier (moins liquide que le lisier et donc moins enclin à s’infiltrer dans le sol) ;

> Une meilleure valorisation de l’eau, en s’appuyant sur des systèmes d’irrigation plus efficaces ou en développant la production pluviale ;

> Le choix de variétés végétales mieux adaptées aux conditions climatiques locales vis-à-vis de leur besoin en eau.

 Il apparaît particulièrement important de développer ces pratiques responsables sur les bassins d’alimentation de captage. Du fait de leur localisation et de leur hydrogéologie, ces zones sont davantage sujettes au phénomène d’infiltration et les produits qui y sont épandus en surface se retrouvent directement dans les nappes souterraines.

Définition - Un bassin d’alimentation de captage est un territoire géographique où toutes les gouttes de pluie tombant au sol s’écoulent et se rejoignent en un même endroit alimentant une source ou une nappe phréatique.

 Le saviez-vous ?

checkEntre solutions préventives et solutions curatives, les chiffres parlent d’eux mêmes concernant la qualité de l’eau ! Le coût de promotion d’agricultures durables sur les bassins versants sensibles est près de 20 fois inférieur au coût de traitement des eaux polluées.

 

Sources :

- FAO 2002
- Agences de l’eau
- UNESCO
- CNRS
- La vigie de l’eau 
- Le site junior de l’Agence de l’eau Adour-Garonne
- La rubrique Eau et Agriculture du portail de l’eau Français
- Le rapport de la Cour des Comptes de 2010

Pour aller plus loin

- Dossier thématique sur l’eau décliné sous 3 angles : “Pour que l’eau vive” – “L’eau : vie et santé” – “Du bon usage de l’eau”, Fondation Nicolas Hulot

- Observations & statistiques, MEDDE, Commissariat général au développement durable

- Pour connaître la qualité de la ressource en eau de votre commune : Le portail de l’eau français

 

 

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