Biodiversité

« Le meilleur modèle de développement durable, c’est la diversité du vivant, depuis 4 milliards d’années. » Robert Barbault

Contraction de « diversité biologique », la biodiversité désigne la variété et la diversité des écosystèmes (milieux), des espèces (dont l’Homme) et des gènes ainsi que les interactions entre eux. La variété et la variabilité des écosystèmes, des animaux, des végétaux et des micro-organismes est la base même de notre existence, de notre alimentation et de notre qualité de vie. Les services rendus à l’Homme par la biodiversité, dits services écosystémiques, sont nombreux. Pourtant ils sont aujourd’hui mis en péril du fait d’une surexploitation des ressources renouvelables et d’une gestion dramatique des ressources non-renouvelables. Il est impératif d’inverser la tendance en préservant et en réhabilitant les écosystèmes et leur productivité, seuls garants de notre bien-être et de celui des générations futures.

La biodiversité à la base de l’alimentation et de la sécurité alimentaire mondiale

La biodiversité, par la diversité des êtres vivants qui la compose, assure un grand nombre de services sans lesquels l’humanité ne pourrait se nourrir, s’hydrater, boire, évoluer. Ces services, dits « services écosystémiques », ont été classés en 2005 à l’occasion de l’Evaluation des Ecosystèmes pour le Millénaire.

L’alimentation et l’agriculture reposent principalement sur l’exploitation des écosystèmes productifs (services d’approvisionnement) et sur les processus de régulation garants de leur variabilité et de leur résilience (services de régulation).

Notre alimentation, qu’elle soit basée sur le prélèvement direct de la biodiversité sauvage (cueillette, chasse, pêche) ou sur sa domestication par l’Homme (culture et élevage), dépend de la productivité des écosystèmes. La biodiversité rend donc un service d’approvisionnement direct à l’humanité.

Parallèlement, la productivité d’un écosystème repose sur la diversité des animaux, des végétaux, des insectes et des micro-organismes qui le composent et qui interagissent en continu. Cette organisation complexe rend de nombreux services de régulation à l’agriculture, via notamment :

 

  • La fertilité du sol

     

    © Photo-libre.fr

    Sans la diversité des végétaux, insectes et micro-organismes qui les compose, nos terres ne seraient pas fertiles et ne pourraient pas produire. La biodiversité joue également un rôle important dans la lutte contre l’érosion des sols en participant à leurs organisations structurelles intrinsèques.

 

 

 

 

 

  • La symbiose

     C’est une association physique durable entre deux organismes d’espèces différentes et qui est bénéfique à chacun d’eux. Certaines plantes ont ainsi besoin pour se nourrir et se développer d’associer leurs racines à des champignons, c’est le phénomène de symbiose mycorhizienne. C’est le cas de près de 95 % des plantes terrestres dont de nombreux arbres fruitiers, céréales et plantes aromatiques (sources : INRA Dijon). À une autre échelle, l’écosystème des forêts tout en entier repose sur le phénomène de symbiose.

  • La pollinisation

     

    © Ludivine Gibier

    Bon nombre d’espèces végétales ont besoin
    pour se reproduire d’être pollinisées par des insectes (abeilles, bourdons, mouches, papillons), par des oiseaux (colibri), ou par des mammifères (chauve-souris). Parmi les 57 plantes les plus cultivées au monde et destinées à notre consommation, 70% sont dépendantes des pollinisateurs. C’est le cas de presque tous les fruitiers, légumes, oléagineux et protéagineux, épices, café et cacao.

 

 

 

 

  • La protection des cultures

     Les auxiliaires (insectes, oiseaux) se nourrissent des ravageurs des cultures (limaces, campagnols des champs). Ils sont présents en bordures de champs dans les bandes enherbées, les arbres, les bosquets, les haies, mais aussi dans les jachères et les prairies.

  • Autres services de régulation influant sur l’agriculture : maintien de la qualité de l’air, purification et régulation de l’eau, régulation du climat, etc.

Face à l’intensification des activités humaines et à la recrudescence des aléas climatiques, la résilience des écosystèmes devient une priorité. Cette notion désigne la capacité des systèmes complexes à résister aux perturbations, à préserver leur fonctionnement et leur productivité.

La biodiversité joue donc un rôle prépondérant dans la lutte contre la faim dans le monde, en garantissant la durabilité environnementale et donc la viabilité des zones sensibles dans lesquelles nous vivons et le maintien, voire l’accroissement, de la production agricole et alimentaire, y compris dans des contextes climatiques difficiles.

En 2012, près de 870 millions de personnes (source : FAO), soit un habitant de la planète sur huit, étaient sous-alimentées. À l’heure où les famines se multiplient et les rendements agricoles stagnent voire diminuent, la conservation et l’utilisation durable de la biodiversité apparaissent comme des enjeux incontournables.

Le saviez-vous ? 

checkL’activité pollinisatrice des insectes, abeilles principalement, a été chiffrée à 153 milliards d’euros en 2005, soit 9,5 % de la valeur de l’ensemble de la production alimentaire mondiale (sources : INRA/CNRS).

La biodiversité est en danger

 Le manque de durabilité de la gestion de nos activités ne sont pas sans conséquence sur notre environnement. L’intensification de l’agriculture, la surexploitation des ressources naturelles, la pollution de l’eau, de l’air et des sols, l’artificialisation des sols et la dégradation des habitats spécifiques qu’elle entraîne, ou encore le changement climatique sont autant de phénomènes participant à l’érosion de la biodiversité. L’agriculture a un rôle important dans ces phénomènes.

  • Une biodiversité domestique décimée par nos pratiques agricoles :

La biodiversitée inexploitée

 

Sur les 7 600 races d’animaux d’élevage, seules 3 races assurent 98% de la production mondiale bovine de viande et de lait. Il en est de même pour les plantes cultivées puisque le riz, le blé, le maïs et la pomme de terre assurent 60 % des calories consommées, malgré les 10 000 espèces de plantes cultivées inventoriées.

De nombreuses variétés anciennes et races autochtones sont aujourd’hui en voie de disparition, et ceci bien qu’elles soient souvent mieux adaptées au contexte local et plus résistantes aux aléas climatiques. Ainsi, 20 % des races d’élevage étudiées sont menacées d’extinction (soit 1 500 des 7 600 races de la planète).

Cette uniformisation à outrance des cultures , imputable aux politiques agricoles des Etats et aux politiques économiques des firmes semencières, fragilise in fine la durabilité des systèmes de production agricole.

 

 

 

 

 

Le saviez-vous ?

checkEn France, il est aujourd’hui interdit de cultiver une variété végétale si elle n’est pas inscrite dans le catalogue officiel français. Une loi qui empêche les agriculteurs de cultiver certaines variétés anciennes étant donné que bon nombre de ces variétés n’y figurent pas (en raison notamment du coût élevé de l’inscription).

  • Des chiffres alarmants sur l’état de la biodiversité

     

© Arnaud Tetillon IMGP6369

 

Aujourd’hui, 36 % des espèces étudiées par l’UICN sont menacées, dont 1 mammifère sur 5, 1 oiseau sur 8, 1/3 de tous les amphibiens et 70 %  de toutes les plantes.

Plus globalement, la santé des écosystèmes est au plus bas puisque 60 % des écosystèmes de la planète ont été dégradés au cours de ces 50 dernières années.  (sources : www.developpement-durable.gouv.fr / chiffres UICN). Certains indicateurs comme le suivi des populations d’oiseaux communs permet de faire la corrélation entre l’agriculture et cette perte de biodiversité.

 

 

Evolution des populations d’oiseaux communs en Europe, Agence européenne de l’environnement, 2010

Evolution des populations des oiseaux

 

 

En dégradant et épuisant les ressources naturelles, les hommes et les aléas climatiques dégradent également les écosystèmes et leur fonctionnalité, mettant ainsi en péril les services que ces derniers rendent à l’humanité.

 

 

Biodiversité et agriculture, des choix simples au quotidien 

Pour maintenir des écosystèmes en état de produire une alimentation diversifiée pour tous tout en assurant les autres services dont nous avons besoin, il est nécessaire de réduire un maximum l’impact de l’agriculture. Et même, il est nécessaire de mettre en place des formes d’agricultures qui produisent de la biodiversité !

 Ainsi, certaines formes d’agricultures privilégient les races rustiques et les variétés anciennes, la rotation des cultures et la lutte biologique. De même, les exploitations agricoles qui accordent une place importante aux éléments naturels (haies, fossés, cours d’eau, mares), aux bandes enherbées, aux jachères et aux prairies naturelles, qui sont autant d’habitats propices au développement des auxiliaires des cultures.

En faisant ses courses alimentaires, on peut privilégier ces pratiques agricoles respectueuses des écosystèmes par des choix comme :

  • Repérer et privilégier les labels et les signes officiels de qualité (SIQO) garants de pratiques agricoles durables : agriculture Biologique (AB), certaines appellations d’origine contrôlée (ex. : AOC Poiré-Domfront), de nombreuses marques telles que Demeter, Cohérence (Bretagne), Nature et Progrès, Bio Cohérence, ainsi que quelques marques des Parcs Naturels Régionaux (marques Parc).  N’hésitez pas à consulter le cahier des charges de ces productions et à vous renseigner sur son impact sur la biodiversité.

Pour en savoir plus sur les labels !

- Privilégier les variétés de fruits et légumes anciennes, les races bovines rustiques, afin d’entretenir la biodiversité domestique.

- Opter pour les légumineuses (lentille, pois), crucifères (radis, rave) ou graminées (avoine, seigle). Souvent utilisées en cultures intermédiaires entre deux saisons de céréales lors des rotations culturales, elles font office de pièges à nitrates et participent à la régénération du sol ;

- Eviter les produits issus d’OGM, qui participent fortement à l’érosion de la biodiversité domestique et déséquilibre certains écosystèmes sauvages ;

- Bannir les poissons, coquillages et crustacés dont les stocks sont en danger ;

- Autres gestes responsables : limiter l’achat de produits à base d’huile de palme lors de vos achats, respectez les saisons et privilégiez les produits de proximité.

Choisir de faire des achats responsables, c’est prendre part au développement d’agricultures respectueuses de la nature et des hommes et participer ainsi à la préservation de la biodiversité.

Quels rapports entre OGM et biodiversité ?

Un OGM est un organisme, plante ou animal, dont le code génétique a été modifié pour lui donner de nouvelles propriétés.

Quand un OGM végétal est introduit dans la nature, il devient impossible de contrôler les éventuels transferts de gènes à d’autres plantes. Ainsi la résistance à un herbicide total apporté par une modification génétique d’une plante peut, en raison de croisements naturels, être transférée à des plantes sauvages qui deviendraient extrêmement invasives. Impossible aussi de contrôler l’impact de la production de nouvelles molécules par ces OGM sur les équilibres de la faune et la flore sauvages et domestiques.

C’est le cas par exemple d’un coton OGM résistant à une chenille consommant ses feuilles ; sa mise en culture a ouvert la voie à une chenille qui a consommé ses fleurs ! Toute la production de coton a alors été anéantie. Outre le risque de destruction d’un équilibre naturel, l’OGM appauvrit et uniformise la biodiversité domestique. Source ?

Votre pâtisserie est-elle bonne pour les orangs-outans ?

L’huile de palme entre dans la composition de près d’un produit alimentaire sur dix vendu en Europe (biscuit, chocolat, bonbon, crème glacée, sauce, margarine, etc.). 17 m2 de palmiers à huile sont nécessaires pour satisfaire les besoins annuels d’un Français.

Mais sa culture est la cause de 90% de la déforestation en Malaisie. Ainsi à Bornéo, 1/3 de la forêt a été détruite en 20 ans entraînant le déclin d’une flore et d’une faune uniques dont les orangs-outans. Parmi les espèces les plus menacées au monde, ces «hommes de la forêt » ne peuvent survivre sans elle.

A des milliers de kilomètres, nos achats déterminent le devenir de ces grands singes. De plus, la culture de ces palmiers s’accompagne de l’épandage sans contrôle de 25 sortes de pesticides qui participent ainsi à la destruction de précieux milieux.

Sources :

- Livret Découverte “La biodiversité c’est ma nature”, Fondation Nicolas Hulot

- Livret Découverte “Des fraises au printemps”, Fondation Nicolas Hulot

- En vidéo. 8 minutes pour comprendre la biodiversité, Fondation Nicolas Hulot

- Repères pour faire ses courses, Fondation Nicolas Hulot

- Dossier thématique et fiches pédagogiques sur la biodiversité, Fondation Nicolas Hulot

- Dossier Biodiversité, CNRS/Sagascience

- Vigie Nature, un réseau de citoyens qui fait avancer la science

- Questions/réponses sur la biodiversité et la qualité des milieux, MEDDE

- Des gestes simples pour préserver la biodiversité au quotidien

- La liste rouge des espèces menacées, IUCN France

- Biodiversité & Signes de reconnaissance agricoles – Quelle prise en compte de la biodiversité dans les marques, labels et certifications de productions agricoles ?, UICN France, 2010

- Biodiversité pour un monde libéré de la faim, FAO

- Les mycorhizes, le sol et le développement végétal, INRA Dijon

- Agriculture et Biodiversité : comment améliorer la biodiversité sur votre exploitation Guide technique et recueil d’expériences, CIVAM-FNAB-FARRE-LPO,  2009

 

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